Qu’il s’agisse de l’augmentation des factures d’eau et d’énergie, des imprévus liés aux conditions météorologiques – canicule, sécheresse, faible enneigement… –, ou encore des risques encourus par les bâtiments – inondations, retrait ou gonflement des argiles –, la transition environnementale a un coût qui doit désormais être pris en compte dans l’exploitation des hôtels ainsi que dans le financement des projets à venir. Réunis dans les locaux de Bpifrance, à Paris, le 3 décembre dernier, hôteliers, investisseurs et banquiers ont fait le point lors d’une table ronde sur l’hôtellerie ‘résiliente ‘, et se sont interrogés sur les moyens d’intégrer “climat, biodiversité et adaptation” au modèle économique des établissements.
Laurent Taieb, PDG du groupe Laurent Taieb (Too Hotel, Madame Rêve…), l’a constaté : “Les factures énergétiques ont explosé ces dernières années, mais les nouvelles technologies nous permettent aujourd’hui de les diviser par deux voir par trois”. Toutefois, ces systèmes “coûtent une fortune”. Et le constat est le même pour les systèmes permettant d’économiser l’eau. D’où le message clair adressé aux banques : il faut “réfléchir à des financements plus longs”, pour amortir ces nouvelles dépenses dans la durée. Même constat du côté de Jérôme Bosc, associé fondateur des groupes Alboran et Firstname : “Si je dois refaire une toiture pour améliorer la performance énergétique de mon hôtel, c’est pour trente ans. Or, je ne peux obtenir qu’un financement sur une dizaine d’années”.
De plus, reconnaissent les hôteliers, les exigences de la transition environnementale ne doivent pas nuire au séjour : “Quand on va à l’hôtel, on n’a pas envie de se faire expliquer qu’il faut descendre le thermostat à 18 °C pour sauver la planète ! Il faut trouver le bon équilibre entre écologie et expérience client, et être capable de faire de la pédagogie qui ne soit pas professorale”, ajoute Jérôme Bosc. Et pour accueillir les clients dans les meilleures conditions, Alboran a identifié 14 actions prioritaires dans sa politique RSE, dont certaines à fort impact sociétal, afin de garantir les conditions de travail et la considération des équipes en place. “C’est ce qui fera que l’hôtel pourra se différencier”, assure-t-il.
Des investisseurs plus exigeants
Du côté des financeurs, les critères environnementaux sont désormais pris en compte dans l’étude des dossiers, explique Laetitia Boussarie, directrice des financements immobiliers chez Crédit Mutuel Arkéa. Son groupe a développé une approche structurée autour de trois piliers. La première est une ‘grille immeuble’ obligatoire pour tous les dossiers hôteliers, intégrant diagnostic de performance énergétique, émissions de gaz à effet de serre et risques physiques liés à la localisation de l’actif. Le deuxième est l’application de la norme NZBA (Net Zero Banking Alliance), avec une cartographie complète des émissions carbone des actifs financés. Enfin, le troisième pilier est constitué par la prise en compte du risque biodiversité, notamment via la gestion de l’eau. Et d’expliquer : “Nous devons être à l’aise avec l’actif que nous finançons. Si aucune démarche d’amélioration n’est prévue, nous pouvons décider de ne pas l'accompagner”, affirme-t-elle.
Le groupe Extendam a pour sa part développé une “sorte de Nustriscore” des hôtels, explique Maxime Durand, gérant associé, constitué d’un audit environnemental et d’un plan d’action permettant d’améliorer la performance ESG (environnement, social, gouvernance). L’objectif est “petit à petit, d’améliorer la note”, assure-t-il : “On est tenus de suivre les efforts qui sont faits, avec un mécanisme d’incentive ou de pénalisation de nos opérateurs, si les objectifs sont remplis ou non.” Et de reconnaître : “Ce n’est pas toujours populaire, mais c’est efficace pour faire avancer les pratiques.”
Le risque physique des exploitations est également pris en compte par les experts de Bpifrance, détaillent Julien Delaffon, responsable du risque climat, et Chloé Mazan, chef de projet climat. Un outil a été déployé depuis 2025 qui permet, à partir d’un simple numéro Siren, d’évaluer l’exposition d’un groupe ou d’un projet aux risques climatiques actuels et futurs, grâce aux données existantes et à des projections. Un ensemble d’initiatives structurées qui illustrent que l’hôtellerie, si elle veut continuer à être résiliente, doit prendre en compte ces enjeux de plus en plus actuels pour adapter et consolider son modèle à la transition environnementale.
Publié par Roselyne DOUILLET
Dialoguez avec nos experts !
(Service réservé à nos abonnés : 3,90€/mois)
Vous souhaitez poser une question
ou ajouter un commentaire ?
Un seul clic pour accéder à la suite :