Uber Eats et Deliveroo, un tandem américain toujours incontournable
Le marché de la livraison à domicile, en croissance continue – le chiffre d’affaires est estimé entre 7 et 9 milliards d’euros –, est dominé presque sans partage par deux acteurs bien connus des consommateurs : Uber Eats et Deliveroo.
Le premier nommé règne en maître, encore plus après la disparition fin 2024 de Just Eat, l’un de ses principaux concurrents. Le géant américain assure couvrir, après une décennie d’existence en France, “la totalité des communes de plus de 20 000 habitants en France, soit 500 agglomérations et plus de 85% de la population française.” Cette présence granulaire sur l’ensemble du territoire est l’un des premiers relais de croissance de l’application en France. Uber Eats précise également que 70 % des 55 000 commerçants (restaurants) référencés sont des indépendants. “En moyenne, ils enregistrent une augmentation de 15 % de leur chiffre d’affaires après 12 mois de présence sur l’application”, précise Clément Conti, membre du service communication de l’entreprise.
Chez Deliveroo, le rachat en 2025 par l’américain DoorDash n’a pas ralenti les ambitions en France. “Notre activité a énormément évolué depuis nos débuts il y a dix ans”, rappelle Jean-David Schapiro, directeur commercial de la plateforme. En 2016, Deliveroo ne référençait qu’un millier de restaurants. Aujourd’hui, sur les 165 000 établissements recensés en France, près de 60 000 proposent de la livraison, dont 35 000 via Deliveroo. Un chiffre qui illustre à la fois la dynamique du marché et son potentiel de développement, notamment dans certaines agglomérations encore peu couvertes.
L’exemple de The Fat Broccoli face aux plateformes
Il y a un peu plus d’un an, Charlotte Chenevrier s’est lancée – avec Antoine Prenaud et Manon Manfredi – dans une grande aventure entrepreneuriale avec The Fat Broccoli. Située au cœur du VIIIe arrondissement de Paris, l’enseigne de street food végétarienne propose chaque midi de la semaine des bols et des sandwichs à base de légumes bien cuisinés, de saison, et d’origine France, uniquement à emporter… ou en livraison.
Comme beaucoup de restaurateurs indépendants, The Fat Broccoli s’est rapidement confronté aux plateformes de livraison pour soigner son chiffre d’affaires. “On vend environ 70 repas par jour. On aimerait en faire une centaine grâce à la livraison.” Rapidement, Uber Eats et Deliveroo sont venus frapper à leur porte avec une proposition de référencement. Pour toute commande, chaque entreprise prélève une commission estimée entre 24 et 25 %.
Une fois le référencement effectué, “les plateformes nous ont également proposé d’être sponsorisés. Soit dépenser près de 100 € par semaine pour être davantage poussés par l’algorithme, avec des offres en continu. Mais on a décidé de ne pas le faire”, explique Charlotte Chenevier.
Résultat : la livraison représente moins de 10 % du chiffre d’affaires de The Fat Broccoli. “On sent bien que, sans sponsoring, on n’est pas du tout favorisés. Et nous, on ne cherche pas à tout prix à faire du volume, sinon l’équation économique deviendrait vite très complexe.”
The Fat Broccoli a également testé une solution française, Delicity, une alternative aux grandes plateformes, avec des livreurs mieux rémunérés et une relation jugée plus vertueuse. “La prise en charge est bonne, mais ça reste encore peu probant en termes de volume”, reconnaît la cofondatrice. De quoi nourrir un sentiment partagé par certains indépendants : “La promesse du digital est chouette, mais aujourd’hui, on se sent un peu coincés. Les alternatives ne sont pas encore assez solides.”
Digitalisation et communication, deux enjeux liés
Consciente des enjeux pour les structures comme The Fat Broccoli, la plateforme Deliveroo revendique un rôle d’accompagnement plutôt que de simple intermédiaire. “Notre vocation, c’est d’aider les restaurateurs à se digitaliser et à activer de nouveaux canaux, précise Jean-David Schapiro. Nous sommes encore jeunes, nous apprenons en permanence. Il y a beaucoup de choses à améliorer, que ce soit dans la relation avec les restaurateurs, avec nos partenaires livreurs ou au niveau de l’expérience globale.”
Offrir de la visibilité aux restaurateurs, c’est également ce que revendique Uber Eats, qui aime partager sur sa page professionnelle des témoignages de restaurateurs satisfaits de leurs services. Comme celui de Georgy Sfez, propriétaire de Zappo, une pizzeria située à Lyon (VIIe). S’il ne cite aucun chiffre, le chef y partage sa satisfaction. “Uber Eats, c’est aussi un outil de communication : la plateforme nous offre une visibilité qui amène les clients à se déplacer dans notre restaurant après l’avoir découvert via l’application.”
De son côté, pour diversifier son activité et développer des revenus complémentaires, The Fat Broccoli prend une autre direction, avec une offre en BtoB. Plateaux-repas végétariens, buffets pour des cabinets de conseil ou de grandes entreprises (Veolia, Vinci, SNCF…) : “Aujourd’hui, environ 64 % de notre activité BtoB vient de grosses structures”, affirme Charlotte Chenevrier. Un exemple qui montre que d’autres leviers peuvent apporter de la stabilité économique.
Publié par Stéphane POCIDALO
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