Ce matin-là, Patrice Landrein prenait une photo avec la chanteuse Sheila au Royal Palm Beachcomber, sur l’île Maurice. Sa première pensée a été pour ses parents, ouvriers bretons, aujourd’hui décédés. “Imaginez, si on m’avait dit ça quand j’avais 15 ans…” Aujourd’hui, directeur général de l’un des plus beaux resorts de l’océan Indien, il n’oublie rien : ses origines, le chemin parcouru, les épreuves et les réussites, et la gratitude envers ceux qui l’ont accompagné.
Car son parcours n’était pas écrit d’avance. “Je suis un survivant”, affirme Patrice Landrein sans détour : “À 12 ans j’ai été victime d’un très grave accident de la route. J’ai perdu ma mère, ma belle-sœur et ma nièce. Je suis sorti de la voiture 20 secondes avant qu’elle explose. J’ai fait trois semaines de coma et passé six mois à l’hôpital.” Un drame qui a façonné sa vie à jamais.
À 16 ans, l’adolescent de Lorient choisit l'école hôtelière – davantage pour partir de chez lui que par véritable vocation. En première année, alors qu’il est 19e sur 32, il se voit proposer le meilleur stage, chez Joseph Delphins, alors 2 étoiles Michelin à Nantes. Patrice Landrein se souvient d’une journée éprouvante, débutée par le marché à 4 heures du matin et achevée après le service du soir. Il veut abandonner, mais s’accroche. À la fin du stage, le chef invite son père et son frère à déjeuner et leur prédit : “Il va réussir.” Et parce que, parfois, il suffit d’un regard, d’une parole encourageante pour qu’un jeune s’autorise enfin à croire en lui-même, à comprendre son potentiel et à commencer à rêver, cette promesse “a été un véritable détonateur”.
“Ma vie ne sera plus jamais comme avant”
De retour à l'école, il se met alors au travail et finit 2e de sa classe. Il frappe ensuite aux portes des palaces parisiens avec “un CV sur trois lignes” et est pris comme réceptionniste au Ritz. Le luxe, le sens du détail, les parfums… tout le subjugue. Le premier soir, il appelle son père : “Ma vie ne sera plus jamais comme avant.” Le jeune homme finit ses études au Paraclet, à Quimper, et enchaîne, de 1992 à 2003, les belles adresses : le Crillon, le Savoy à Londres, le Plaza Athénée à New York, Le Vallon de Valrugues, le Vendôme à Paris, où il endosse son premier poste de directeur.
En 2004, Patrice Landrein reprend un hôtel en Corrèze. Les premières années sont couronnées de succès, mais il est durement touché par la crise de 2008 et est contraint de vendre. Sa carrière prend alors un nouveau virage : attiré par l’Asie, il rejoint le Vietnam en 2013, où il repart de zéro, sans aucun contact professionnel. Les premiers temps sont difficiles : ”Personne ne voulait de moi” se souvient-il. En 2016, il se rend en Thaïlande pour prendre la direction de l’Amari, 5 étoiles à Krabi. Peu à peu, des propositions lui parviennent, pour diriger des hôtels de plus en plus prestigieux : le Dusit (Vietnam) en 2018, le Pimalai (Thaïlande) en 2019, et le Royal Palm, qu’il a rejoint en octobre 2024.
Un management basé sur le ‘People First’
Au fil des années, Patrice Landrein se forge une solide réputation grâce aux performances réalisées dans les hôtels qu’il dirige – “je gère chaque établissement comme si c’était le mien” – mais aussi à sa conception du management, savant mélange d’empathie et d’autorité, de respect et de discipline, basé sur une conviction simple : “Pour arriver à cette qualité de service, à ce soin mis dans chaque détail, à cette recherche constante d’innovation, il faut avant tout que les membres du personnel soient heureux.” Pour y parvenir, il met l’accent sur le social, dans une optique de ‘People First’, afin d’embarquer chacun des salariés derrière cette recherche d’excellence, gardant en tête ce que son père lui avait un jour confié : “Sois bon avec les autres, le monde sera bon avec toi.”
Car le souvenir de parents n’est jamais loin : “En 2017, lors de mon arrivée en Thaïlande, je me suis retrouvé face une église baptisée Sainte Agnès, le prénom de ma mère, et juste à côté, d’un bâtiment Saint-Joseph, celui de mon père.” Cette coïncidence l’interpelle et le guide depuis dans sa façon de diriger. “Je suis conscient de la chance que j’ai eue de réussir et j’ai la responsabilité de mettre cette réussite au service de ceux qui ont besoin d’aide.”
Continuer à rêver
C’est pourquoi, en 2023, il fonde avec deux amis de Lorient l’association caritative SEAJA, Solidarité enfants d’Asie avec Joseph et Agnès : “Nous intervenons dans deux villages du Cambodge pour les aider à subvenir à leurs besoins, notamment en réhabilitant deux orphelinats et en créant une école qui pourra offrir un meilleur avenir aux enfants défavorisés. C’est ma façon de rendre ce que j’ai reçu.”
Aujourd’hui, à 55 ans, Patrice Landrein regarde ses dix ans restants à travailler avec la même intensité. “Ce que je souhaite aujourd’hui, c’est de faire monter encore le Royal Palm, qu’il devienne une référence, et que l’on puisse dire : ‘Si vous voulez savoir ce qu’est l’hôtellerie de luxe, allez passer une semaine au Royal Palm !’”, sourit-il.
Aux jeunes qui hésitent à se lancer dans l’hôtellerie, il assure : “Soyez ambitieux et surtout, ne vous interdisez rien. Bien sûr, il faut faire des concessions, mais c'est l’un des seuls métiers qui peut vous faire grandir vite et de façon très excitante.” La clé de la réussite ? “Être travailleur, savoir saisir les opportunités et avoir des relations. Mais surtout, il faut continuer à rêver, car c’est ce qui fait avancer. Si on a de l’ambition, on peut toujours s’en sortir. J’en suis la preuve vivante.”
Publié par Roselyne DOUILLET
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