Une visite dans les allées du salon Food Hotel Tech, qui vient de se dérouler à Paris les 14 et 15 avril, est éloquente : à l’ère de l’intelligence artificielle, l’avenir de l’hôtellerie se jouera sur la donnée et la capacité de l’analyser en temps réel pour piloter au mieux sa stratégie. Mais comment se procurer des chiffres fiables et pertinents sur son marché ? C’est la question à laquelle la Fondation suisse HCommunity a apporté une réponse, le 15 avril dernier, lors du lancement de son Comité France : reprendre la main sur cette donnée en la mutualisant et en la partageant entre hôteliers, sans intermédiaire et sans délai.
Les hôteliers n’ont qu’une vue limitée de leur marché, alerte HCommunity dans une présentation diffusée lors du salon : ils disposent soit de chiffres publics (Insee, Atout France…) qui sont publiées trop tard pour être exploitables, soit d’indicateurs provenant d’acteurs privés qui sont payants et ne représentent pas la totalité du marché.
Conséquence : “Le secteur navigue à vue. Et quand on navigue à vue, sans repère clair, comment prendre les bonnes décisions ? C'est un peu comme essayer de conduire une voiture en ne regardant que dans le rétroviseur” D’autant que la concurrence est forte : les plateformes de meublés touristiques représentent aujourd'hui 1,2 million de chambres, contre 430 000 pour le principal syndicat hôtelier, et peuvent exploiter par conséquent de vastes sources de données.
Créer un effet miroir
La fondation HCommunity est née en Suisse en 2021, quand des hôteliers, confrontés à l'effondrement de leur marché, ont cherché des données pour survivre. Elle est partie d’une idée simple : créer une plateforme qui compile les données envoyées par les hôteliers eux-mêmes pour les mettre à disposition de chacun sans délai. Soutenue à l'origine par la Confédération suisse, la plateforme a été testée dans les régions de Nyon et de Lausanne, avant d’être étendue à d'autres cantons suisses, et actuellement au Canada.
Son mécanisme central s'appelle l'effet miroir. Concrètement, l’hôtel connecte ses systèmes de gestion (PMS, point de vente) à la plateforme HCommunity via une API. Ses données sont immédiatement anonymisées et versées dans un lac de données (‘data lake’) collectif. La consolidation se fait chaque nuit, après la clôture journalière des hôtels. En retour, tous les matins, l'établissement accède à une vision en temps réel de son marché.
Les tableaux de bord proposés couvrent les indicateurs standards : taux d'occupation, RevPAR, provenance de la clientèle, dépenses chambre et F&B, montée en charge… permettant de suivre les réservations futures et de les comparer à son historique. Un lien avec le calendrier des événements régionaux est également intégré, pour permettre l'optimisation des prix. L’expérimentation suisse indique que les données recueillies sont pertinentes à partir de 30 % de parts de marché connectées.
Garantir la sécurité et l’anonymat des données
Toutefois, pour convaincre les hôteliers de transmettre leurs datas, la question de la confiance et de la sécurité est centrale. Pour y répondre, Pascal Buchner, président de HCommunity explique : “Il s’agit d’une fondation de droit suisse, à but non lucratif, placée sous le contrôle de l'État suisse, qui en assure l'audit. On est régulé. On ne peut pas modifier le but de la fondation. Il y a une gouvernance, un conseil de fondation.”
De plus, sur le plan technique, les serveurs sont hébergés en Suisse, dans un environnement cloud sécurisé et chiffré. Les données personnelles de chaque hôtel restent visibles uniquement par l'établissement lui-même ; seules les données compilées et anonymisées circulent dans la communauté. Enfin, la fondation met en avant des garanties académiques et techniques, en partenariat avec l'École hôtelière de Lausanne, actionnaire, et l’École polytechnique Fédérale de Lausanne.
Un modèle économique basé sur la revente des données
Le service est entièrement gratuit pour les hôtels et les restaurants : connexion, exploitation des données et accès aux comparaisons de marché compris. La fondation se finance en revendant les données agrégées et anonymisées à des tiers : offices de tourisme, organisations de promotion touristique, institutions publiques, acteurs du secteur.
En retour, un tiers des revenus issus de ces ventes est reversé aux hôtels contributeurs, 5 % est destiné aux partenaires PMS qui facilitent les connexions, le reste couvrant les coûts d'exploitation, de connectivité et de développement de la plateforme. Catherine Querard, présidente du GHR et signataire de la convention, résume l'attrait du modèle : “L'idée, surtout, c'est de prendre le contrôle de sa propre data, de ne pas se la faire voler.”
Le Comité France compte sept membres et a officialisé la signature d’un partenariat avec le GHR le 15 avril, lors du salon Food Hotel Tech. Des discussions sont en cours avec le Groupement national des chaînes (GNC) et le groupe Contact Hotels (450 établissements). L'objectif affiché est d'atteindre 30 % du parc hôtelier connecté en France dans un délai de trois à six mois, afin de parvenir à la représentativité statistique suffisante
Et François Gauthier, vice-président du GHR et membre du comité France, d’insister : “Il est essentiel de rejoindre ce projet. Dans l'hôtellerie, on est des loups solitaires. Aujourd’hui, il faut chasser en meute. Ce n’est pas facile mais c'est un atout énorme pour demain.”
Publié par Roselyne DOUILLET
Dialoguez avec nos experts !
(Service réservé à nos abonnés : 3,90€/mois)
Vous souhaitez poser une question
ou ajouter un commentaire ?
Un seul clic pour accéder à la suite :