Comme il l’avait fait lors de la journée consacrée à la première sélection internationale des Clefs Michelin en octobre dernier, Gwendal Poullennec n’a pas résisté à la tentation de diffuser un extrait du film L’Aile ou la cuisse, aux sommeliers, experts et journalistes venus en nombre à la Tour d’Argent, ce 2 décembre, pour l'annonce d'une nouvelle sélection Michelin consacrée au vin. Dans le film de Claude Zidi, Louis de Funès, directeur du guide Duchemin, parvenait à reconnaître un cru par la seule observation du vin dans le verre, grâce à sa vaste culture oenologique. Toutefois, confie le directeur international des guides Michelin, il manque une dimension essentielle à son alter ego sur grand écran : un vin, c’est bien sûr le fruit d’un terroir, de cépages, de conditions météorologiques, d'une maturation, mais c’est aussi et surtout le fruit du travail des hommes et d’un savoir-faire.
C’est cette dimension, essentielle à ces yeux, qui est le point de départ de l’élaboration d’un nouveau guide consacré aux vins, dont les deux premières sélections couvriront les vins de Bordeaux et de Bourgogne, et seront dévoilées l’année prochaine. Une nouvelle étape qui complète l’écosystème développé par Michelin, avec en premier lieu la gastronomie, et plus récemment l’hôtellerie et les voyages.
Cette nouvelle sélection sera réalisée par un réseau d’inspecteurs indépendants, salariés de Michelin, insiste Gwendal Poullennec, qui visiteront les domaines et rencontreront les vignerons. Contrairement à leurs homologues, ils ne seront pas anonymes : “Les vins étant des produits finis, scellés, et nos experts ne jugeant pas l’expérience de la dégustation, l’anonymat n’est pas requis.” Puis, de façon collégiale, les inspecteurs dégusteront les vins pour établir le classement non pas des crus considérés individuellement, mais des domaines, en prenant en compte les différents vins produits sur un millésime et dans la durée. C’est pourtant l’expertise qui avait été développée dans le guide Robert Parker Wine Advocate, acquis en 2017 par Michelin : “Ce guide réunit un demi-million de revues de vins sur une durée de quarante-sept ans. Il constitue un savoir-faire complémentaire à celui de nos équipes”, explique le dirigeant.
Cinq critères pour décerner une, deux ou trois grappes
Et parce que c’est le domaine viticole dans son ensemble qui est pris en compte, “figurer dans la sélection est déjà une réalisation en soi. Cela signifie que le producteur est fiable, qu’il élabore des vins bien faits, qui proposent un plaisir sûr”, indique Gwendal Poullenec. De plus, à l’instar des étoiles et clés décernées aux restaurants et aux hôtels, la sélection vins classera les domaines viticoles en 1, 2 ou 3 grappes.
Une grappe récompensera “des producteurs de grande qualité qui élaborent des vins de caractère et de style, particulièrement réussis lors des meilleurs millésimes” ; deux grappes “des producteurs d’excellence qui se distinguent par une qualité et une constance remarquables au sein de leur terroir”, et trois grappes, “des producteurs d’exception. Quel que soit le millésime, les amateurs de vin peuvent s’orienter vers les productions du domaine en toute confiance”, indique le guide.
Ce classement sera réalisé en prenant cinq critères en compte : la qualité de l’agronomie (santé des sols, équilibre des ceps, soins apportés à la vigne), la maîtrise technique en cave, l’identité “des vigneronnes et vignerons qui créent des vins exprimant la personnalité, le lieu et la culture qui les ont façonnés”, l’équilibre entre acidité, tanins, bois, alcool et sucrosité, et enfin constance de la production.
Un guide exclusivement en ligne
Les sélections seront mises à disposition exclusivement sur les plateformes numériques, et non en version papier, et seront actualisées régulièrement. “Nous pouvons compter sur l’engagement des nouvelles générations : plus ils sont jeunes, plus ils utilisent le guide. C’est une situation pleine de promesses pour les années à venir”, se réjouit Gwendal Poullennec. Celui-ci ne semble pas craindre la baisse de consommation de vin des dernières années : “Au moment où la filière est en train de souffrir, notamment dans certaines régions, ce projet va être opportun parce qu'il met en avant la filière, les talents, et il génère des conversations autour de la culture du vin, et du lien à la gastronomie et à la destination”, assure-t-il.
Reste à préciser quel sera le modèle économique de cette sélection, qui a pour vocation de dépasser les frontières de l’Hexagone. Alors que les autres guides sont financés grâce à des partenariats avec les destinations et des commissions reversées lors de réservation de tables ou de nuitées sur le site Michelin, rien de tel n'a été dévoilé pour le moment, les précisions sur ce sujet étant prévues dans le courant de l’année 2026, indique Gwendal Poullennec.
Publié par Roselyne DOUILLET
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