L’histoire est si douloureuse qu’Aurélien Largeau n’a jamais voulu s’en ouvrir à la presse. L’affaire débute le 2 décembre 2023 à l’hôtel du Palais à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Dans les cuisines, un pot de départ est organisé pour Lucas, qui part rejoindre un palace parisien. Le chef de partie se prête bien volontiers à la cérémonie potache organisée par la brigade où règne une excellente ambiance. Il est attaché sur une chaise, la mâchoire immobilisée par un bâillon-boule sado-maso. Il s’amuse de la situation, une photo est prise. Trois semaines plus tard, un article paraît dans le journal Sud-Ouest. La journaliste évoque le bizutage d’un commis qui aurait mal tourné. La preuve serait une vidéo où l’apprenti apparaîtrait avec une pomme dans la bouche et une carotte dans les fesses. Cette dernière allégation va provoquer un déferlement médiatique suivi d’un lynchage sur les réseaux sociaux.
Sur la base de cet article de presse, le Parquet se saisit de l’affaire. Les faits rapportés, très graves, pourraient être constitutifs de viol. Une enquête préliminaire est rapidement classée sans suite. Quant à Lucas, qui n’est donc pas un apprenti fragile tel que décrit par la journaliste mais un chef de partie expérimenté, il va énergiquement démentir les accusations, en vain. Le palace veut protéger sa réputation, Aurélien Largeau est licencié. Sur BFM, l’une des avocates du cuisinier, maître Alexandra Sabbe-Ferri, qui défend son client dans le volet social à venir pour licenciement abusif, évoque dans les jours qui suivent la parution de l’article de Sud-Ouest, avoir comptabilisé plus de 65 articles dans des médias dont la BBC !
Une enquête bâclée
Tout le monde cherche la photo de la carotte dans les fesses. Personne n’en trouvera la trace, même la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris, qui a condamné solidairement le journal Sud-Ouest et sa journaliste à indemniser Aurélien Largeau de 5 000 € pour “une enquête bâclée”. Les juges n’ont jamais été confrontés à la fameuse preuve vidéo, juste une photo sans pomme dans la bouche, ni carotte, ni contrainte. “À l’issue du jugement rendu en octobre dernier, le journal a décidé de ne pas faire appel”, précise maître Roxane Best, qui a défendu le cuisinier. L’avocate considère que la somme allouée en réparation n’est pas à la hauteur du préjudice subi. Pour autant, elle constitue un plafond dans ce type de procès en diffamation contre des médias. “En attaquant sur la base du dénigrement, les condamnations peuvent être plus lourdes”, envisage son confrère maître Jonathan Bellaiche, avocat spécialisé dans les CHR. “Nous avions envisagé d’assigner six autres médias qui avaient repris sans nuance les accusations, mais l’instruction des dossiers était lourde financièrement pour notre client qui avait perdu son emploi”, plaide maître Best qui n’a pu que constater les dégâts provoqués sur son client par les accusations mensongères : “Il a fait le choix de rester à Biarritz où tous les Biarrots connaissaient l’histoire. C’était courageux. Sans raison valable, on lui a refusé six crédits pour ouvrir sa propre affaire”, regrette l’avocate.
Publié par Francois PONT
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