Édito du journal n° 3366 du 31-10-2013 : "Heureux"

Publié le 30 octobre 2013 à 13:21
Dans une enquête très documentée publiée la semaine dernière par l'hebdomadaire favori des intellos-bobos germanopratins, Le Nouvel Observateur nous apporte de surprenantes nouvelles sur 'les métiers qui rendent heureux'.

La première information essentielle de cette enquête, c'est le taux très élevé de Français qui se déclarent "heureux" ou "très heureux" au travail : 73 %. Qui l'eût cru après les polémiques autour des 35 heures, du travail dominical, de l'âge de la retraite, des 'cadences infernales', de la pénibilité, et autres considérations qui dégoûteraient quiconque d'entrer dans la vie active ?

Autre surprise de cette étude, les clichés sur l'attractivité supposée des professions volent en éclat : non, l'immense majorité n'a pas envie de devenir avocat, médecin, ingénieur ou pilote de ligne. En tête du palmarès, assez logiquement, ce sont les cadres de la fonction publique qui affirment à 90 % leur bonheur professionnel. Admettons qu'une pénibilité modérée et la garantie à vie de l'emploi contribuent à ce sentiment de satisfaction. Plus étonnante, la seconde place est occupée par les agriculteurs qui sont 86 % à plébisciter des conditions pourtant difficiles, des fins de mois douloureuses et l'incertitude de la météo.

S'il est moins surprenant que les enseignants prennent la troisième place et les commerçants la suivante, il faut souligner la position des professionnels de l'hôtellerie et de la restauration au 9e rang sur les 24 catégories analysées.

Ces quelques données s'expliquent sans doute en partie par l'attachement de nos compatriotes à la valeur du travail comme élément fondamental de l'identité sociale et la réalisation de soi : 92 % des Français estiment le travail important contre 84 % pour la moyenne de l'Union européenne, ce qui reste très élevé. Bon, sans aucun cynisme, gageons qu'une enquête semblable auprès des chantiers navals indiens ou des usines chinoises recueilleraient une opinion différente.

Enfin, pour conforter les professionnels de l'hôtellerie et de la restauration, juste la citation d'une jeune femme qui s'est engagée dans l'hôtellerie de luxe après être passée par khâgne : "C'est très gratifiant de voir la satisfaction que l'on donne à nos clients."

L'occasion de se souvenir de la conclusion d'un chapitre des Essais de Montaigne, un auteur devenu à la mode l'été dernier : "Ne fit-on que des épingles, faisons-les avec enthousiasme."

Publié par L. H.



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