Avec plus de quarante ans d’expérience dans la restauration, Luc Chermette se sent comme un poisson dans l’eau en cuisine. Son épouse, Aline, a tenu un food-truck spécialisé dans les cuisines du monde. Aussi reprennent-ils sereinement L’Auberge Saint-Martin, l’unique restaurant du village de Langeron (360 habitants), dans la Nièvre. Le couple adjoint à la salle de restauration un café ludique, équipé d’une bibliothèque culinaire, de jeux de société et d’un karaoké. Il distribue des flyers dans les environs, démarche les offices de tourisme, les mairies… et inaugure les lieux en janvier 2024, avec pot de bienvenue et buffet gratuits.
Incompréhension
“Pendant les deux premiers mois, ça a marché, mais après l’effet de nouveauté, la clientèle a disparu. On ne comprenait pas pourquoi”, raconte Aline Chermette. Le couple multiplie alors les initiatives pour relancer la fréquentation… en vain. “On a contacté les sociétés pour réceptionner des colis et se faire connaître, mais il y avait trop de points relais dans la région et elles n’ont pas accepté notre demande. On a organisé des soirées jeux, karaoké, des week-ends à thèmes… Mais on n’avait pas plus de cinq couverts par service”, poursuit-elle.
Alors que les dettes s’accumulent pour les restaurateurs, les habitants du village décident de contacter Cauchemar en cuisine. “Contrairement à certains établissements qui passent dans l’émission, L’Auberge Saint-Martin est propre, la cuisine traditionnelle est bonne, tout est fait maison avec des produits frais. Luc Chermette est un bon gestionnaire qui fait de bons tableaux de suivi”, reconnaît Virginie Soulat, la conseillère en pilotage d’entreprise qui a suivi l’établissement, en partenariat avec Cauchemar en cuisine.
Un emplacement isolé
Mais au-delà de ces qualités, l’émission permet de mettre le doigt sur plusieurs points faibles. Tout d’abord, l’emplacement. “L’Auberge est dans un endroit isolé, il n’y a pas de signalétique. Des gens qui habitaient à 10 km à peine ne connaissaient même pas l’existence de ce restaurant ”, souligne la conseillère.
Un climat électrique
La communication dans le couple est également vacillante, générant des non-dits et un climat électrique. “Il y avait des disputes, c’était tendu. C’était la première fois qu’on était en permanence ensemble, et les problèmes d’argent jouaient sur le moral”, glisse Aline. Et Luc d’ajouter : “Comme on communiquait mal, il n’était pas évident de s’organiser pour lancer les plats de manière correcte. Avec mes 45 années de restauration, je voulais apprendre des choses à mon épouse qui est plus récente dans le métier, mais elle ne voulait pas m’écouter. Aujourd’hui, on a pris conscience de ça, on communique plus, on écoute nos avis respectifs.”
Une carte peu lisible
La carte, quant à elle, est jugée trop complexe. “Philippe Etchebest nous a conseillé de simplifier notre offre, pour que ce soit plus lisible pour les clients et qu’on ait moins de pertes – on finissait par donner nos invendus aux habitants. Avant, on avait un menu pour la semaine, avec deux entrées, deux plats, deux desserts. On avait une carte du jour avec une entrée, un plat, un dessert, et une carte permanente, avec deux ou trois entrées, deux ou trois plats et deux ou trois desserts. Aujourd’hui, on n’a plus qu’une carte qui change tous les jours, en fonction des approvisionnements, avec trois entrées, trois plats, deux desserts, fromage blanc et fromage sec”, détaille le couple.
Coûts en baisse, prix en hausse
Les prix ont été revus à la hausse (environ 2,40 € supplémentaires sur un menu entrée-plat-dessert). En parallèle, la carte des boissons a été étoffée. “Avant, on avait uniquement du vin en bouteille. Maintenant, on a une tireuse à bière et du vin au verre. Cela a permis d’augmenter notre chiffre d’affaires par couvert”, observe Luc Chermette.
Enfin, le choix des fournisseurs a été modifié afin de mieux gérer les coûts. “Avant, on avait un seul fournisseur, il fallait acheter pour 300 € minimum pour bénéficier de la livraison. Aujourd’hui, on a plusieurs fournisseurs, on compare les prix, ce qui permet d’augmenter la marge, et on travaille avec des stocks plus restreints pour limiter le gaspillage”, ajoute-t-il.
Une fréquentation triplée
Depuis la diffusion de Cauchemar en cuisine, en septembre 2025, L’Auberge Saint-Martin affiche 15 à 20 couverts par service. Le bouche-à-oreille commence à faire son œuvre. Les réservations pour les week-ends à thème, relayés sur Facebook et la page Google de l’établissement, et les demandes de privatisation vont crescendo. Les dettes ont été remboursées, le chiffre d’affaires a progressé de 34 % entre février 2025 et février 2026, et le couple a même pu s’offrir une semaine de vacances.
Publié par Violaine BRISSART
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