220 mètres de long, 15 000 tonnes, 54 suites, cinq restaurants, huit bars, deux piscines, une discothèque… Pour l’Orient Express Corithian, Accor a fait les choses en grand et en très beau. Le groupe hôtelier se lance désormais sur le segment de la croisière de luxe, avec ce premier voilier hors normes officiellement baptisé le 29 avril. Le navire quittera les quais de Saint-Nazaire le 2 mai prochain en direction de Cannes, où il accostera le 12 mai avant d’embarquer ses premiers passagers
Un projet débuté il y a quatre ans, porté par Sébastien Bazin, PDG d’Accor, dont le groupe a racheté la marque Orient Express en 2022, et une ambition : décliner sur les flots l’esprit et le luxe des trains mythiques du siècle dernier, pour proposer une hospitalité unique. Et pour avoir les moyens de cette ambition , Accor a été rejoint dans l'aventure en 2024 par LVMH et, il y a deux mois, par le fonds suisse Millenium Invest. L'investissement est estimé à “plusieurs centaines de milliers d’euros”. Trois ans ont été nécessaires pour les Chantiers de l’Atlantique pour achever la construction de ce qui est aujourd’hui “le plus grand voilier au monde”, grâce à son gréement Solidsail mis au point après dix ans de recherche et développement.
Trois voiles semi-rigides d’une superficie de 1 500 m2 chacune se dressent à 100 mètres de haut, permettent de faire naviguer l’Orient Express Corithian à la seule force du vent, à une vitesse de 12 nœuds, Un choix qui permet de réduire drastiquement l'impact environnemental de la navigation, puisque 9 000 tonnes d'émissions de gaz à effet de serre seront évitées tous les ans, indique le groupe. "Si ce bateau avait été à moteur, nous ne l'autions pas fait", assure Sébastien Bazin. Toutefois, une propulsion hybride au gaz naturel liquéfié́ (GNL) peut venir compléter la navigation.
Prestations de luxe pour un palace flottant
Pour créer un projet cohérent avec celui du futur train Orient Express, actuellement en cours, Accor a confié l’architecture d’intérieur à Maxime d’Angeac, directeur artistique du premier projet. Ses équipes et celles du chantier naval ont collaboré, dans un dialogue permanent, pour “construire et dessiner le voilier en même temps”, explique Judith Louët, du cabinet Maxime d’Angeac, et faire cohabiter les contraintes techniques – nombreuses sur un navire de cette taille – et le défi architectural et artistique.
Cent trente passagers pourront bientôt monter à bord de voilier de luxe, pour séjourner dans l’une des 54 suites sur quatre niveaux, où ils seront accueillis par 170 membres d’équipage. D’une superficie allant de 45 à 230 m2 pour la plus vaste, opportunément baptisée suite Agatha Christie, elles sont dotées de vastes baies panoramiques s’ouvrant sur la mer, celles situées sur les ponts supérieurs bénéficiant même de balcons, rares sur un voilier. Rien n’a été laissé au hasard dans les espaces, où la décoration fait la part belle au mouvement Art déco, teinté de touches méditerranéennes. Chacune des 600 pièces de mobilier qui composent le décor de ce voilier d’exception ont été dessinées sur mesure, et se mèlent aux matériaux précieux – essences de bois rares, cuirs, marbres, albâtre, onyx.
L’offre de restauration a été confiée au chef multi-étoilé Yannick Alleno, qui élaborera la carte des cinq restaurants - dont l’un a pour ambition d’être étoilé - et salles à manger privées, auxquels s’ajoutent huit bars dont un speakeasy. La clientèle bénéficiera également de deux piscines dont, inattendu sur un voilier, un couloir de nage de 16,5 m de long, d’une marina, et d’un spa Guerlain. Ils pourront également profiter de la bibliothèque aux étagères garnis de récits de voyage et ouvrages sur l’Art déco, d’un théâtre de 115 places, un studio d’enregistrement et d’une discothèque, dont la décoration est directement inspirée des wagons-bars.
Un engouement pour la privatisation
Le Corinthian se positionne évidemment sur un marché très haut de gamme – les premières suites sont proposées à partir de 5 300 € la nuit – mais a pour ambition de proposer une tout autre expérience que celle des yachts haut de luxe. “Il y aura un avant et un après la livraison de ce voilier”, assure Philippe Hetland Brault, président d’Orient Express Sailing Yachts. Les premiers chiffres de commercialisation rendent Sébastien Bazin très confiant : “Nous seuls les seuls à pouvoir accueillir autant de personnes sur un même voilier. Et la belle surprise, c’est l’engouement de personnes qui souhaitent le privatiser entièrement”, à la fois des familles et des entreprises, explique le dirigeant lors d’une rencontre avec la presse, le 28 avril. Autre raison de se réjouir : “La demande de clients individuels est aussi conforme à nos attentes”.
Au fil de croisières de deux à quatre nuits, les escales seront minutieusement choisies au plus près des ports iconiques et des événements de prestige : à Cannes pour le festival de cinéma, à Venise lors de la Mostra ou de la Biennale, à Saint-Tropez pour les Voiles, ou encore à Monaco… Après la Méditerranée et l’Adriatique jusqu’en octobre, le Corinthian prendra la direction des Caraïbes pour la saison d’hiver. Il sera ensuite rejoint sur les flots par l’Olympian, deuxième voilier commandé aux Chantiers de l’Atlantique, dont la livraison est annoncée pour le mois d’avril 2027.
Publié par Roselyne DOUILLET
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