“L’émission m’a propulsé. J’ai gagné cinq à dix ans en termes de positionnement dans une carrière.” Guillaume Pape, 34 ans, a été finaliste de la saison 10 de Top Chef, diffusée en 2019 sur M6. “Les équipes de l’émission m’avaient contacté. J’ai dit oui tout de suite”, raconte le Finistérien. Résultat : en marge du tournage, il va quitter le restaurant rennais où il travaillait alors pour créer sa propre adresse, à Brest, baptisée L’Embrun. L’idée : surfer sur les retombées de l’émission. Mission réussie : un banquier l’a suivi sans hésiter dans ce projet entrepreneurial. “Au début, à chaque table, les clients me demandaient de poser avec eux pour une photo”, se souvient-il. Depuis l’ouverture, en mars 2020, “cela n’a pas désempli”. Un succès confirmé par une étoile Michelin décrochée en 2022.
Même changement de destinée pour Louise Bourrat, 31 ans, qui parle même de “miracle”. “J’étais déjà cheffe d’un restaurant à Lisbonne, le Boubou’s, une affaire familiale, mais avec le Covid, nous étions à deux doigts de fermer. Car, au Portugal, nous n’avons eu aucune aide du gouvernement… En 2020, je me suis donc inscrite au casting de Top Chef, pour redonner de la visibilité au restaurant, en espérant pouvoir rebondir”, détaille-t-elle. En 2021, elle est sélectionnée pour la saison 13 de l’émission, diffusée en 2022, et remporte la finale avec 56 % des votes. Une victoire aux conséquences immédiates : “Dès le lendemain, nous avions une liste d’attente de trois mois pour obtenir une table au restaurant. Depuis, nous avons pu investir et nous agrandir.”
Poussés dans leurs retranchements
Un passage à Top Chef, c’est aussi une prise de recul sur une façon de cuisiner. Bon nombre de candidats reconnaissent avoir gagné en confiance, en assurance, en maturité, car sans cesse poussés dans leurs retranchements durant les épreuves. Valentin Néraudeau, 41 ans et candidat en 2013, dit avoir appris à “ne pas se précipiter”, “se concentrer rapidement sur un projet”, “aller à l’essentiel” et “éviter les produits inutiles dans une recette”. Désormais coordinateur du pôle restauration et chef exécutif du Château du Maréchal de Saxe, à Yerres (Essonne), il se sert encore de l’expérience Top Chef, qui l’a aidé à bâtir “une véritable signature culinaire”. “En cuisine, Top Chef permet d’aller plus loin, car nous avons des adversaires face à nous. Aujourd’hui, lorsque je sors un plat, je vais chercher une acidité, un goût, un dressage en plus”, confie Guillaume Pape. Quant à Louise Bourrat, autodidacte, elle l’avoue : “Après Top Chef, mon niveau a bondi ! Durant l’émission, j’étais confrontée à de la créativité constante et sans limite. Ce qui oblige à sortir de sa zone de confort.”
Une e-réputation à tenir et entretenir
“Top Chef, c’est un bon tremplin, dont il faut savoir se servir pour créer sa propre identité”, affirme Quentin Mauro, 27 ans. Gagnant en 2025 de la 16e saison de l’émission, il explique qu’une fois passé à la télé, “il faut quand même se battre, car le monde de la restauration n’est pas si simple et ce n’est pas le nombre de followers sur un compte Instagram qui paie un financement.” Il n’en demeure pas moins que l’effet Top Chef booste une e-réputation, qu’il serait dommage, ensuite, de ne pas tenir et entretenir. Quentin Mauro, suivi par près de 100 000 fans sur Instagram, en est bien conscient. La preuve : conseillé par l’agence Solide, fondée par le chef étoilé Guillaume Sanchez et spécialisée dans la création de contenus digitaux, il a utilisé les réseaux sociaux pour annoncer l’ouverture des réservations de la table éphémère qu’il installe au Fitz Roy à Val Thorens (Savoie) :“14 couverts, un menu en 9 temps et 3 dates uniques les 11, 12 et 13 février 2026.” Qui l’aime, le suive…
Valentin Néraudeau pense, lui aussi, à sa “communauté”, sur les réseaux et jusqu’en librairies, car on lui doit le livre-témoignage Du potager familial aux tables d’exception, paru en 2025 aux éditions Fayard. “Les réseaux sociaux ? J’ai appris sur le tas”, confie, pour sa part, Guillaume Pape, qui affiche près de 22 000 followers sur Instagram, tout en postant de façon irrégulière. Enfin, à son grand désarroi, Louise Bourrat reconnaît avoir besoin des réseaux sociaux : “J’ai essayé de confier les posts à des créateurs de contenus externes, mais je ne me reconnaissais pas dans ce qui était mis en ligne. Aujourd’hui, je m’en occupe et je ne montre que mon côté pro. Car, côté perso, je préfère vivre ma vie plutôt que l’étaler.”
Publié par Anne EVEILLARD
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