Façades fleuries : une tendance qui ne se fane pas

Impossible de les rater… Depuis 2020, les façades fleuries des restaurants et brasseries se sont multipliées dans les rues de la capitale et dans de nombreux centres urbains. Ces décorations aux couleurs vives, et souvent spectaculaires, attirent l’œil des consommateurs et font le bonheur des professionnels, malgré l’investissement qu’elles représentent. Retour sur cette tendance post-Covid partie pour durer.

Publié le 19 janvier 2026 à 09:00

“Changer les âmes, changer les cœurs avec des bouquets de fleurs”, chantait Laurent Voulzy dans Le Pouvoir des fleurs, il y a près de 35 ans. Depuis, elles changent également les chiffres d’affaires des professionnels de la restauration. Cerisiers, dahlias, pivoines, roses aux couleurs douces… ces fleurs artificielles s’invitent depuis quelque temps déjà sur les façades des brasseries et des restaurants. 

 

Luc Deschamps, le pionnier

À l'origine de cette tendance, un homme : Luc Deschamps. À presque 60 ans, ce fleuriste de troisième génération est considéré comme étant le premier concepteur et réalisateur de décorations végétales de façade en mêlant des branches et lianes naturelles à des feuilles et des fleurs artificielles de qualité. Le déclic ? En 2017, lors d’un voyage aux États-Unis, il découvre la façade fleurie d’un hôtel new-yorkais. Un coup de cœur. Deux ans plus tard, il décore son premier restaurant dans le quartier de Saint-Germain-des-Près, Maison sauvage. Le bouche à oreille a ensuite agi.

“Le phénomène a explosé juste après le Covid, confie Stéphanie Duplaix, qui partage son quotidien avec le créateur. L’envie de nature était partout et les cafés-restaurants souhaitaient mettre des pivoines. On s’est mis livrer des fleurs partout. Notre activité a alors connu un boom incroyable.” Le couple pensait alors bénéficier d’un effet de mode qui n'allait pas durer. C’est tout le contraire qui s'est passé. 

 

Toutes les villes s’y mettent

“Malgré le contexte économique incertain, la demande de façades fleuries est toujours aussi forte, entre 5 à 6 par jour. Les restaurateurs en profitent pour refaire ou remodeler leurs façades. On travaille aussi bien pour un grand hôtel que pour un restaurant de kebab ou une brasserie aveyronnaise.”

Plus de la moitié des décorations florales des cafés, restaurants et hôtels de la capitale ont été façonnées par Luc Deschamps. Ces deux dernières années, de nombreux établissements en dehors de la région parisienne ont également misé sur les fleurs, du côté de Metz, Arcachon, Chartres mais également Saint-Étienne, pour “une crêperie située en plein centre-ville.” Depuis 2023, cela représente plus de 300 réalisations.

 

Un travail minutieux

Plusieurs questions se posent autour de ce choix. Tout d’abord, celle concernant la technique de fabrication. Chez Luc Deschamps, trois étapes sont essentielles. “Tout commence par un envoi de photos de l’établissement ou; plus souvent; sur un déplacement. Luc aime particulièrement travailler sur des restaurants en construction pour travailler en amont. Ensuite, il imagine le décor avec un logiciel qui permet de dessiner les fleurs sur la devanture. Ensuite, un rendez-vous dans notre entrepôt, à Colombes (Hauts-de-Seine), se fait avec nos clients pour signer le devis.”

Si l’entreprise, qui compte une dizaine de salariés et quelques freelance, reste la référence en la matière, c’est grâce à son savoir-faire au niveau des teintes. Chaque fleur est travaillée, peinte, puis montée avec précision sur des branches naturelles. “Faire du réalisme est notre obsession quotidienne”, certifie Stéphanie Duplaix.

Grâce à la qualité des peintures utilisées, les couleurs sont préservés jusqu’à 3 ou 4 ans. Il est ensuite possible de nettoyer les fleurs et les reteinter. Certains établissements préfèrent faire évoluer leurs décors avec l’ajout de nouvelles couleurs ou de branches.

 

Un levier d’attractivité immédiat

Autre question qui se pose, celle de son impact marketing. Au moment où les grandes brasseries parisiennes Maison Sauvage, La Favorite Saint Paul, le Triadou… ont décidé de fleurir leurs façades, l’impact a été immédiat. Des dizaines de passants, à commencer par les touristes, se sont arrêtés pour (se) photographier (devant) les fleurs roses et blanches couvrant l’établissement. Chrystel Bourdoncle, la propriétaire de Maison Sauvage, a ainsi vu le compte Instagram bondir en quelques semaines (aujourd’hui, la page frôle des 72 000 abonnés). Idem pour La Favorite, qui en a fait une force de communication.

La façade agit également comme un accélérateur de curiosité qui incite à consulter la carte ou à s’installer en terrasse. “Tous les clients nous le disent : leur chiffre d’affaires augmente de 30 %. C’est un véritable changement pour eux et c’est notre plus grande fierté. Sans les réseaux sociaux, je ne sais pas si cela aurait pris autant d’importance. Mais le pouvoir marketing des fleurs est énorme.”

 

Un investissement rentable

Enfin, il y a la question du budget. Chez Luc Deschamps, le ticket d’entrée est à 5 000 € HT. Ce tarif comprend le temps de préparation évoqué précédemment, mais également la journée de travail nécessaire à la réalisation de la façade. La palme du plus gros budget revient au Black Coffee, une discothèque branchée située à Ibiza : plus de 100 000 € dépensés pour l’ensemble de l’établissement. D’autres acteurs dans la réalisation des façades fleuries proposent des tarifs plus bas. Avec, parfois, des résultats moins qualitatifs fleurs ternies, installations abîmées – qui peuvent nuire à l’image de l’établissement.

 

Des perspectives durables

Une ombre au tableau est apparue en février 2024. Le Conseil de Paris avait voté une charte pour réguler l’utilisation de ces fleurs. En cause, les compositions en matière plastique non écologique et inflammable qui se retrouvent sous forme de particules dans les caniveaux et sur les trottoirs et qui sont (majoritairement) importées de Chine. Mais, selon Stéphanie Duplaix, si l’inquiétude s’était à l'époque emparé des restaurateurs, il s’agit d’un faux problème. “Aucun texte n’a été rédigé et aujourd’hui, personne n’est venu nous signaler le moindre problème.”

En attendant, les pouvoir des fleurs n’a pas encore fini d’agir. “À Paris et ailleurs, il y a encore de la marge. Le conseil que je donne aux professionnels est le suivant : si vous n’avez pas les moyens de faire une façade fleurie dans les règles de l'art, il ne faut pas le faire. En revanche, si vous avez envie d’un tel investissement, vous ne le regretterez pas.”


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Publié par Stéphane POCIDALO



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