À Lille, c’est désormais dans son restaurant Le Pain du père qu’Antoine Tytgat, spécialisé dans les recettes sucrées et salées à base de pain perdu, s’est installé après avoir testé son concept pendant plusieurs mois dans les rues de la ville, à bord de son vélo. Cette phase d’expérimentation lui a permis d’ajuster son offre, d’observer les réactions des clients et de mesurer la viabilité économique de son projet. “Plutôt que de partir à l’aveugle et d’acheter ou de louer un local, j’ai préféré éprouver mon concept derrière un vélo, pour me lancer petit à petit”, explique-t-il.
Un accès facilité à l’entrepreneuriat
C’est l’un des principaux atouts de la restauration nomade : la possibilité de se lancer à moindre coût, tout en limitant les risques financiers. Pour de nombreux porteurs de projets, ce format constitue une première étape avant une installation plus pérenne. Daniele Matonti, fondateur d’Italian Food Bike, a ainsi pu développer son activité de vente de plats italiens avec un investissement compris entre 25 000 et 30 000 €, tout compris. “J’ai un vélo, un local de production et je loue une place de stationnement. C’est plus simple à mettre en place et bien moins cher qu’un restaurant”, confie-t-il.
Un constat partagé par Antoine Tytgat, qui reconnaît toutefois que le matériel mobile demande une certaine vigilance. “Les pannes sont à prévoir. Mais même avec quelques réparations, le coût final reste inférieur à celui d’un établissement classique”, souligne-t-il. Tout dépend également du mode de transport, un vélo étant plus simple à réparer par soi-même qu’une camionnette, par exemple.
La mobilité comme levier de visibilité
Autre avantage souvent mis en avant par les restaurateurs : la flexibilité géographique. Contrairement aux restaurants traditionnels, qui dépendent de leur emplacement, la restauration nomade permet d’aller directement à la rencontre des clients. Parcs, marchés, zones piétonnes ou événements ponctuels deviennent autant d’opportunités de vente. “L’avantage, c’est que notre métier est très humain. Nous cuisinons face aux clients, à leur hauteur. Cela crée du lien”, explique Luc Beduchaud, fondateur de La Roue Libre, un triporteur dédié à la fabrication et à la vente de pizzas.
Cette présence dans l’espace public joue également un rôle important en matière de notoriété. “Nos véhicules sont aux couleurs de nos marques. Les clients nous repèrent facilement, cela nous fait de la publicité”, souligne le patron du Pain du père. Une visibilité qui lui a permis, au fil du temps, de se constituer une clientèle fidèle et de franchir le cap de l’ouverture d’un restaurant.
Une liberté… encadrée
Si la mobilité offre une grande souplesse, elle ne rime pas pour autant avec liberté totale. La restauration nomade demeure une activité réglementée, nécessitant des autorisations spécifiques pour vendre sur la voie publique. “Nous ne pouvons pas nous installer n’importe où. Il faut passer des accords avec les mairies”, rappelle Daniele Matonti. De plus, disposer de lieux identifiés reste indispensable pour maintenir un lien avec la clientèle. Les clients ont leurs habitudes. C’est important qu’ils sachent où nous trouver”, ajoute Luc Beduchaud.
La restauration nomade impose également de composer avec des espaces de travail réduits, tant pour la préparation que pour le stockage. “Sur mon triporteur, je peux transporter au maximum 300 kg, mon poids compris. C’est pour cela que je ne propose ni boissons ni desserts”, explique Luc Beduchaud. Antoine Tytgat, qui a connu les deux formats, mesure aujourd’hui l’écart : “À l’époque, je disposais d’à peine 2,70 m² pour travailler sur le vélo. Dans mon restaurant, l’espace n’a plus rien à voir !”
La météo et l’événementiel, variables clés
Autre paramètre difficilement maîtrisable : la météo. “S’il pleut ou s’il y a trop de vent, c’est compliqué de sortir” reconnaît Luc Beduchaud. Certains food-trucks ou caravanes peuvent même être contraints de ne pas ouvrir leurs auvents, ce qui limite leur capacité d’accueil.
Pour sécuriser leur chiffre d’affaires, de nombreux restaurateurs complètent ainsi leur activité par de l’événementiel. “Cela nous permet d’assurer un revenu plus régulier”, explique Daniele Matonti. “Et c’est plus simple pour prévoir les stocks, car nous savons combien de personnes seront présentes et ce qu’elles souhaitent manger.” Cette logique attire aussi des restaurateurs sédentaires, qui investissent dans un food-truck ou une camionnette pour participer à des événements et renforcer leur visibilité, à l’image de Florent Ladeyn et de sa friterie mobile.
Construire un projet cohérent
Dernier point de vigilance : la distance et la zone d’intervention. “Je me suis fixé une limite. Je ne vais pas à plus d’1 h 30 de trajet à vélo, explique Luc Beduchaud. J’ai vu des food-trucks accepter des prestations trop éloignées et ne plus pouvoir revenir en arrière. C’est là que la rentabilité commence à baisser.”
En définitive, la restauration nomade offre de réelles opportunités, à condition d’en mesurer les limites et de bâtir un projet adapté à son environnement. Fort de huit années d’expérience avec La Roue Libre, Luc Beduchaud conclut “Il ne faut pas chercher à copier. Le choix du matériel dépend du contexte, des déplacements, de la réalité du terrain. Il faut construire sa propre solution.” Finalement, tout roule quand on est bien informé.
Publié par Lolita Péron-Vranesic, Aletheia Press
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